Au cours de cette décennie, le paysage médiatique en Afrique a connu un essor sans précédent dû à l’accroissement des chaînes télévisuelles publiques et privées sur le continent, à l’avènement des bouquets satellitaires et à l’émergence du numérique. La production cinématographique et audiovisuelle africaines notamment dans les Etats membres de la CEDEAO, bénéficie de ce développement des médias notamment des télévisions et des technologies nouvelles.

Nollywood a fait du Nigéria à travers le deuxième pays producteur du cinéma dans le monde. De nombreuses manifestations telles que le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) au Burkina Faso, le Festival International du film de Marrakech au Maroc, le Festival International du film de Durban (DIFF) en Afrique du Sud, Africa Movies of Ghana, le Festival International du film du Sahara en Algérie, le Festival International du film de Ouidah (Quintessence) au Bénin, etc. sont consacrées au septième art sur le continent.

Dans le même temps on note un accroissement des publics avides de productions locales en Afrique et de nombreux films connaissent un succès.  Le succès de nombreuses œuvres filmiques et  séries télévisuelles africaines découle du fait que les populations désirent consommer en majorité des images, des histoires et des œuvres parlant de leur propre culture donc proches de leur propre imaginaire et de leurs propres références sociales, collectives et identitaires.

La présence des acteurs dans les productions créée en nous un processus d’adhésion à leurs causes ou personnes parce que les personnages à l’écran sont animés de sentiments et dégagent des émotions, qui créent en nous de la sympathie et un processus d’identification éducationnelle et sociale dans un contexte de mondialisation galopante.

C’est ainsi qu’elles arrivent s’échapper à la dépendance psychologique et économique d’ailleurs et demeurer capables d’inventer l’avenir et d’être maîtresses de leur propre destin.

Malgré, leurs immenses contributions au succès et à l’appropriation des productions cinématographiques africaines par les cinéphiles du continent, la reconnaissance artistique, médiatique et économique des acteurs de cinéma reste à promouvoir de manière impérative.

En effet, le développement du métier de comédien de cinéma en Afrique reste tributaire encore de nombreux facteurs :

  • insuffisance de l’offre de formation de l’acteur résultant de la régression du nombre de troupes théâtrales et du nombre limité d’institutions de formation spécialisées ;
  • faible nombre d’acteurs sortis des écoles de formation ou de nombreuses productions ;
  • faible professionnalisation du métier de comédien en termes de rémunération, de droits voisins ; de contractualisation des prestations ;
  • absence de statut de l’artiste dans la quasi-totalité des pays africains ;
  • absence de cadre de reconnaissance et de célébration des acteurs etc.

Au-delà de leurs pesants esthétiques, narratifs, éducateurs et informationnels, les cinémas d’Afrique et de la diaspora captivent les cinéphiles du continent grâce aux immenses contributions artistiques des acteurs et à leurs images marquantes.

Pourtant de nombreuses œuvres cinématographiques restent attachées au nom de comédiens et qui en sont littéralement l’incarnation pour les cinéphiles du continent. Dans les rues, Aminata Diallo incarnent la série « Kady Jolie »  Idrissa OUEDRAOGO, Mouna NDIAYE « L’œil du cyclone » de Sékou TRAORE, Maimouna  KONE, « Rue princesse » de Henri DUPARC, l’immense Sotigui Kouyaté « Keita, le griot » de Dany Kouyaté et plus de 20 films d’autres réalisateurs etc.

Sotigui Awards ou la Nuit des Sotigui , Sotigui Kouyaté, un acteur de cinéma et de théâtre d’exception

Le paysage cinématographique et théâtral au cours de ces cinquante dernières années a été marqué par un homme, un comédien Sotigui Kouyaté né le 19 Juillet 1936 à Bamako (Mali) et décédé le samedi 17 Avril 2010 à Paris (France).

Meilleur acteur (Ours d’Argent), Février 2009, au Festival de Berlin pour le film « London River », du cinéaste Franco-Algérien Rachid Bouchareb et meilleure interprétation masculine, 2001 au Festival International du Film Francophone (Namur) pour le film : Little Sénégal, Sotigui Kouyaté a joué dans plus de 20 films et plus de 10 pièces de théâtre principalement aux côtés de Peter Brook.

Issu d’une longue lignée de griots, Sotigui Kouyaté,  acteur, chanteur, danseur, musicien et compositeur fut une sommité incontestée de l’interprétation tant dans le cinéma que dans le théâtre et un acteur professionnel accompli.

Mais Sotigui Kouyaté malgré son œuvre et son parcours exceptionnel n’a pas été suffisamment célébrer et reconnu en Afrique. Comme lui de nombreux comédiens du continent vivent et meurent sans reconnaissance majeure pour leur contribution au développement et au rayonnement de l’art et de nos pays.

Cet hommage à Sotigui Kouyaté vise à combler cet oubli. Elle constitue aussi la édition des Nuit des Sotigui ou Sotigui Awards qui se veut un cadre solennel et permanent de reconnaissance et célébration du métier d’acteur du cinéma et de l’audiovisuel en Afrique et de la diaspora à l’image de Sotigui Kouyaté, l’acteur incarné.

Reconnaître et célébrer l’acteur de cinéma de manière spécifique dans l’industrie du cinéma et à l’image de Sotigui Kouyaté constituent à la fois la pierre angulaire et une stratégie gagnante pour le développement d’une production cinématographique et audiovisuelle compétitive et proche des populations.

La création artistique n’a-t-elle pas pour finalité d’atteindre le plus grand nombre afin de jouer efficacement son rôle économique, social et identitaire dans nos stratégies de développement?

Reconnaître et célébrer l’acteur de cinéma et ériger celui-ci en modèle afin qu’il constitue à la fois un guide, une référence et de source d’inspiration pour la société et les générations futures.